On veut faire déménager les seniors. Eux ne veulent pas.
Tous les six mois, quelqu'un repropose la même idée : il faudrait « inciter les seniors à libérer leurs grands logements ».
Bonne nouvelle pour la statistique. Mauvaise nouvelle pour la vie réelle.
Parce que les premiers concernés ont déjà répondu. L'INSEE a regardé qui occupe ces maisons devenues trop grandes : 86 % sont des propriétaires, 6 sur 10 ont plus de 60 ans, et plus de la moitié vivent là depuis plus de vingt ans.
Vingt ans. Les murs où les enfants ont grandi. Le jardin planté un été. La cuisine refaite une fois, le quartier, les voisins, le boulanger.
Et que disent-ils, ces propriétaires ? Qu'ils sont très majoritairement satisfaits. Qu'ils ne trouvent pas leur logement trop grand. Qu'ils ne souhaitent presque jamais déménager — à peine un sur dix.
On peut s'en agacer. On peut aussi écouter.
Car ils n'ont pas tort. À 70 ans, on ne « libère » pas une maison comme on rend un dossier. On y est ancré. Leur demander de partir, c'est se tromper de problème — et perdre dix ans à se cogner à un mur.
La bonne question n'est pas « comment les faire partir ».
C'est « comment les aider à faire vivre les pièces qui dorment, sans bouger de chez eux ».
Le foncier dont la France a besoin n'est pas sous les seniors. Il est à côté d'eux. Dans la chambre fermée, l'étage qu'on ne monte plus, le rez-de-chaussée qu'on pourrait rendre indépendant.
Personne ne déménage. Tout le monde y gagne.
C'est le chemin sur lequel je travaille. La suite, très vite.