Analyse
MaPrimeRénov' rabotée : la troisième voie du logement
MaPrimeRénov' va encore être rabotée. Et le débat se résume toujours à la même question : faut-il financer les petits gestes ou les rénovations globales ?
Question légitime. Mais elle en masque une autre, plus gênante.
On traite le parc existant comme s'il n'avait qu'un problème à régler : l'énergie. On isole, on change les fenêtres, on pose une pompe à chaleur. Très bien. Sauf que rénover un logement n'en crée pas un seul de plus.
En 2025, la France a livré environ 278 000 logements neufs. Un plus bas historique. Au même moment, l'INSEE compte 7,6 millions de logements largement sous-occupés : un quart du parc, presque une maison sur deux. Souvent un pavillon de 100 m² où vivent une ou deux personnes, une fois les enfants partis.
Le logement le plus rapide à produire, le moins cher et le moins émetteur n'est pas dans les terres qu'on bétonne. Il est déjà construit. Il est juste sous-utilisé.
Après des années passées sur le logement et l'urbanisme, j'en tire une conviction simple : arrêtons d'opposer, et ouvrons une troisième voie aux aides publiques.
Rénover l'existant, on sait faire. Construire du neuf, de moins en moins. Créer du logement dans l'existant — diviser, adapter, aménager un second logement — là, presque rien.
Transformer un grand pavillon sous-occupé en deux logements, ça donne quoi ? Un senior qui reste chez lui, dans un logement adapté, avec un revenu en plus. Un jeune ménage qui se loge enfin à un prix tenable. Et un logement de plus, sans un sac de ciment ni un mètre carré artificialisé.
MaPrimeRénov' finance le confort. MaPrimeAdapt' finance l'autonomie. Personne ne finance vraiment la création de logement dans l'existant. C'est l'angle mort de notre politique du logement.
Le débat sur le rabot est utile. Mais tant qu'on regardera nos millions de pavillons avec les seules lunettes de l'énergie, on passera à côté de ce qu'ils ont de plus précieux : la place pour loger plus de monde, sans rien construire.
C'est ce qui m'occupe aujourd'hui.